La Maison d’André Breton


L’auteur du « manifeste du surréalisme » (1924) est en quelque sorte le héraut – au sens médiéval du terme – de ce mouvement créatif subversif dans les domaines de l’art et de la pensée dont il fut un initiateur aux côtés et souvent en tête des plus grands noms aujourd’hui reconnus de la poésie, de la peinture et de la création artistique du XXe siècle. En effet, c’est à lui que revient le mérite d’avoir repéré le socle et les non-frontières de ce bouillonnement qui, dès lors, façonna une grande part du « regard libéré » auquel nous nous ressourçons… bien souvent sans le savoir.

L’ancienne « Auberge des mariniers » que son père lui acquit en 1951 dans le bas du village de Saint-Cirq-Lapopie, devint un carrefour crucial pour les artistes et écrivains dont Max Ernst – si proche de Joé Bousquet cloué dans son lit à Carcassonne – et le fidèle Benjamin Péret.

Mais, surtout, son installation dans cette maison est un vrai « manifeste » !

Votez plutôt : au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le 24 septembre 1950, un mouvement est initié par un ancien pilote de l’armée américaine, Garry Davis. Quittant Cahors – première ville à s’y engager – des hommes se rassemblent pour inaugurer « la Route sans frontière n°1 » reliant symboliquement Cahors à Figeac. Parmi eux, André Breton (1896-1966), mais aussi Max Ernst, Albert Camus, l’Abbé Pierre et Robert Sarazac.

C’est à l’occasion de cette inauguration que André Breton découvre le village de Saint-Cirq-Lapopie. Plus tard, il écrira à propos de cette rencontre :

« … au terme de la promenade en voiture qui consacrait, en juin 1950, l’ouverture de la 1ère Route mondiale – seule route de l’espoir – (…) Saint-Cirq embrasé aux feux de Bengale m’est apparue – comme une rose impossible dans la nuit.
Cela dut tenir du coup de foudre si je songe que le matin suivant, je revenais dans la tentation de me poser au cœur de cette fleur : merveille, elle avait cessé de flamber, mais restait intacte.
Par-delà bien d’autres sites – d’Amérique, d’Europe – Saint-Cirq a disposé sur moi du seul enchantement : celui qui fixe à tout jamais. J’ai cessé de me désirer ailleurs.
Je crois que le secret de sa poésie s’apparente à celui de certaines illuminations de Rimbaud, qu’il est le produit du plus rare équilibre dans la plus parfaite dénivellation des plans. L’énumération de ses autres ressources est très loin d’épuiser ce secret… Chaque jour au réveil, il me semble ouvrir la fenêtre sur les très riches heures, non seulement de l’Art, mais de la nature et de la Vie. »
(dédicace d’André Breton extraite du Livre d’or de Saint-Cirq-Lapopie, 3 septembre 1951).

En octobre 2016, la Commune de Saint-Cirq-Lapopie a fait l’acquisition de cette maison dans le but de la restaurer et de l’ouvrir au public avec l’appui de l’association « La Rose impossible », engagée depuis des années dans la promotion de ce patrimoine d’exception.

La délégation régionale de la Fondation du Patrimoine s’engagea sans délai dans la constitution d’un « club de mécènes » pour faciliter la mise en œuvre de ce projet qui, suivant les termes évocateurs de Bernard Cassagnet, doit « devenir à Saint-Cirq pour le surréalisme ce que Cannes est au cinéma ».

Autant dire que nous sommes aux aguets comme tous les amateurs d’art pour servir une si noble cause !

O.C.

En savoir plus sur la Maison d’André Breton à Saint Cirq Lapopie : sur le site de la Fondation ou sur Facebook.

Création du Club des Mécènes à la Maison André Breton (6 mars 2017)

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