L’eau vive, l’eau qui dort… L’eau douce…


Dans ces mois d’été, soleil et chaleur invitent souvent à rechercher des refuges de fraîcheur… Ce que les circonstances favorisèrent au fil du calendrier de la délégation régionale Occitanie-Pyrénées de la Fondation du Patrimoine.

Que ce soit à Penne le 22 mai, puis à Camarès un mois après et enfin le 27 juin à Bonrepos-Riquet, le lancement des souscriptions de mécénat en faveur de la restauration de monuments s’inscrivirent au bord de l’eau…

Trois sites où s’illustre admirablement le savoir des hommes à marier leurs ouvrages à la puissance des cours d’eau et user de leur charme pour en faire l’écrin.


À Penne, le relief et la géographie s’imposent à la vie des hommes comme ils en ont façonné l’histoire et le patrimoine qu’ils y conçurent.

L’église de Saint-Vergondin réhabilitée

Parmi les six églises que compte la commune de Penne (il y en aurait même une septième… disparue sous quelques fourrés), celle dédiée à Saint-Vergondin fait dorénavant l’objet de toutes les attentions de l’association de « sauvegarde des églises de Penne » et de la Municipalité. La toiture a été rétablie et déjà quelques restaurations à l’intérieur permettent d’entrevoir le bienfondé de la réhabilitation de cet édifice dont le mobilier et la décoration ne manquent pas de recherche et d’élégance sous leur sobriété.

Article de la Dépêche – 23 juin 2017 – Pierre Fèvre

La souscription lancée par la Commune et l’association vise à financer la restitution des peintures de la voûte, réalisées au XIXe siècle mais fortement endommagées. Un challenge qui mérite d’être salué car il témoigne de la détermination de ses auteurs déjà engagés dans la mise en place de vitraux et la restauration d’éléments du mobilier. À terme, la porte de Saint-Vergondin laissera entrer les rayons du soleil dans une nef au décor recouvré où il fera bon goûter la sérénité.

Voir le projet : Fondation du Patrimoine (diaporama)

Télécharger l’appel à souscription – Fondation du Patrimoine pour Saint-Vergondin de Penne

Penne, surgie d’un dessin de Victor Hugo !

Le site est tellement surprenant que chercher les raisons de sa fortification et de son habitat semble superflues : le visiteur n’a d’yeux que pour le surplomb du rocher sur les vieilles masures du village. Pareillement, les hameaux qui ponctuent le paysage autour de Penne sont admis en toute logique comme des occupations secondaires consécutives à l’importance du fief…

Un spectacle grandiose dans lequel une rivière majestueuse serpente avec délectation l’été et dont le rôle détermina l’importance stratégique du site.

Car tout respire ici l’autorité de l’Aveyron. Avant de se resserrer à nouveau en aval du rocher de Penne, sa vallée s’élargit le temps d’un méandre dans le « vallon de Saint-Vergondin » entre les paysages austères de la Grésigne et du Causse du Frau qui la dominent, un peu en retrait, sur chacune de ses deux rives : un espace de douceur où elle s’alanguit.

La signature d’une convention passée entre la Commune, l’association de sauvegarde des églises de Penne et la Fondation du Patrimoine nous a permis de nous attarder sur cette relation entre la rivière de l’Aveyron et le site de Penne. Nous en avons retiré trois illustrations parmi tant d’autres qu’offre ce haut lieu médiéval splendide.

En attendant la barque de Caron… en toute sécurité

L’église Saint-Vergondin s’élève sur la rive droite de la rivière, dans l’axe du méandre que ferme en aval et sur la rive opposée la falaise portant le château de Penne. Le sanctuaire et le cimetière qui l’entoure ont été bâtis à l’extrémité du premier ressaut du terrain, probablement à l’effet d’échapper aux plus fortes crues de l’Aveyron.

Une situation qui est loin d’être anodine : avec la sérénité requise devant cet obstacle aussi menaçant qu’imprévisible, les morts attendent ainsi le Jugement Dernier pour franchir le « fleuve ». Un emplacement choisi en parfait accord avec la conception antique de la destinée humaine.

La symbolique du cours ce l’eau et du « salut » des âmes est considérablement riche et le Moyen Âge cultive scrupuleusement les enseignements de l’Antiquité sur ces questions du destin de chacun : il suffit pour s’en convaincre de feuilleter l’un de ces nombreux manuscrits enluminés du « Pèlerinage de Vie humaine » du dominicain Digulleville (vers 1330).

Le « campo santo » préserverait donc les défunts des eaux en furie. « Vergondin », dépositaire de l’autorité divine, détient le pouvoir de les protéger tel le berger son troupeau et n’a nul besoin d’être nommé : Vergondin serait un pseudonyme désignant la fonction de prélat (à l’égal d’autres qualificatifs qui identifient des personnages réels ou imaginaires contribuant à constituer un légendaire autour des prémices du christianisme en Europe occidentale).

Une église entourée d’un cimetière imposant dont on peut facilement déduire qu’il en est la raison d’être. Sanctuaire funéraire, ce que confirme l’usage à l’intérieur de l’édifice attesté encore au XVIIe siècle d’une chapelle funéraire réservée à la famille Frayssines de Latour, détentrice des droits sur la terre (cf. Wikipedia Famille Frayssines) de même que son appellation d’origine : Saint-Vergondin de Sales. Eglise funéraire liée à un fief, la « salle » désignant une fortification du premier moyen âge (généralement une tour carrée) destinée à protéger le résultat des moissons dans le « grenier » ménagé dans l’étage supérieur (exemple parmi une foison d’autres à Saint-Jean d’Alcas, en Aveyron).

Encore faudrait-il repérer la raison de ce cimetière et son église à l’écart du site fortifié pourtant voisin et face à un autre sanctuaire, Notre-Dame de Roussergue, qui le domine à peu de distance sur la rive opposée.

Intrigué par cette (quasi) profusion d’églises dans un espace somme toute restreint, notre attention fut éveillée quelques jours après notre visite à Penne par la réflexion d’un élu du Gers à propos d’une église située face au chef-lieu de la commune, de l’autre côté du ruisseau afin accueillir dans son cimetière les habitants de ce versant :

les morts ne passent pas l’eau !

Raison impérieuse pour que, à Penne, un cimetière existe sur la rive droite de l’Aveyron… Penne dont le territoire est à cheval sur la rivière, position peu commune qui en dit log sur la fonction de contrôle du franchissement de la rivière par se fief qui en tira sa puissance.

Une remarque qui nous amène à rapporter cette seconde illustration de l’importance de la configuration du site pour la compréhension de son histoire et de son patrimoine.

* Note : une autre église en aval de Penne y trouverait la même origine : Saint-Paul-de-Mamiac entre les ruisseaux de Cap de Biou et de Layrous.

Un patrimoine et une toponymie étroitement dépendants de la configuration symbolique du site

Si « les morts ne passent pas l’eau », les « vifs » pour la franchir doivent faire appel au diable, constructeur de pont au prix d’une âme à lui offrir… à moins de tromper le Trompeur en y substituant un chat… noir évidemment (légendes des innombrables « ponts du diable » ou encore du Pont Valentré à Cahors).

Les vivants pouvaient aussi appeler la protection du « saint passeur » pour traverser la rivière : saint Julien l’Hospitalier et, bien sûr, saint Christophe dont c’était le métier.

Tandis que saint Vergondin garde les défunts dans le méandre de l’Aveyron, en aval, au pied du rocher de Penne, les passeurs étaient à l’ouvrage à la hauteur du pont actuel qui franchit la rivière.

À cet endroit, deux îlots fractionnent le cours de l’eau qui, au débouché de ces goulots d’étranglement creusèrent profondément le lit de la rivière lui permettant ainsi de se détendre, plus calme, en surface. Un endroit particulièrement propice pour l’installation de bacs qui y précédèrent de longue date le pont actuel relativement récent.

Un site majeur puisque le franchissement de l’Aveyron fut un facteur essentiel pour le développement et la puissance de Penne. Des caractéristiques géographiques qui alimentèrent aussi au fil des siècles les interprétations symboliques dont elles servent de motif et de décor : l’imaginaire populaire les raccrocha à la cohérence d’une mythologie que Dontenville qualifiait de « française » et dont les déclinaisons forment un ensemble encyclopédique qui éclaire très fréquemment la lecture de notre patrimoine commun.

Le cas de Penne est particulièrement éclairant et passionnant à examiner sous cet angle. Tout réside dans la configuration du site et l’existence de la vieille route reliant le massif de la Grésigne (riche en métaux recherchés) et le Quercy au travers du Causse du Frau vers les axes majeurs du Massif Central au bassin de la Garonne (note : les Templiers ne s’y sont pas trompés qui maîtrisèrent ce site avant d’installer plus tard leur maison forte à Vaour).

Sainte Catherine, aidez-nous à passer le gouffre

L’église du village est consacrée à sainte Catherine (dite d’Alexandrie) dont une effigie trône dans la nef, reconnaissable à la roue dentée qui l’accompagne pour avoir été l’instrument de son supplice.

L’abside primitive (aujourd’hui disparue au profit de la nouvelle entrée principale) appartenait au système de défense de l’agglomération sur la place (alors creusée du fossé de l‘éperon « barré » caractéristique). La porte fortifiée adjacente ouvre sur la partie ancienne du village vers le château tandis la rue qui longe le bas côté sud de l’église dégringole vers la rivière.

Ce lien manifeste explique le culte de sainte Catherine au cœur de Penne, site tout entier voué au franchissement de l’Aveyron. Car c’est bien au débouché de cette vieille rue sur la rive gauche que se situait le bac.

Honorée au sommet du rocher, Sainte Catherine, patronne de Penne, veille sur les « passants » au passage de l’eau.

Catherine nous garde de Loreleï

Un exemple parmi tant d’autres sur les relations entre le passage périlleux d’un cours d’eau et le culte de sainte Catherine : à Auvillar (Tarn-et-Garonne) est un gouffre mangeur des gabarres de bateliers inexpérimentés ou trop téméraires. Ceux d’entre eux qui y échappaient étaient à ce point reconnaissants à sainte Catherine de les avoir tirés d’un tel mauvais pas qu’ils lui offraient de splendides maquettes de navire en forme d’exvotos. Sur l’ancien port de la Garonne, l’église Sainte-Catherine (« scellée » d’un chrisme roman), n’étant plus suffisamment sûre pour les conserver, ils furent regroupés dans le beffroi de la ville (la Tour de l’Horloge) où ils font l’admiration des visiteurs.

Sainte Catherine, patronne des mariniers et gens de la rivière l’est aussi des philosophes puis des théologiens et donc des prêcheurs…

D’ailleurs, puisque le bac nous y invite, traversons la rivière… en face se situe une belle ferme dont le corps de maison en impose, les jardins et le pigeonnier ajoutant au charme de cet ensemble de pierres dorées au pied de la forêt qui escalade la pente abrupte vers le plateau du Causse… C’est l’Ermitage. Un lieu-dit qui confirme l’importance du franchissement de l’Aveyron à l’aplomb de Penne et donc de cette vieille route…

Christophe et son complice à la lanterne tel Vendredi auprès de ce Robinson qui affronte les grosses eaux…

En effet, si la traversée périlleuse à l’aplomb d’un gouffre ou d’un tourbillon est placée sous le regard vigilant de sainte Catherine, le passeur n’exerçait son métier dangereux qu’avec la complicité d’un guide fiable qui veillait sur lui depuis la rive à atteindre. Cet indispensable compagnon habitait l’imaginaire de tout conducteur de bac : muni d’une lanterne, il signalait le site de l’accostage tout autant qu’il rassurait le passeur et ses voyageurs que les ténèbres ne parviendraient pas à les engloutir.

Parmi ceux si nombreux qui exerçaient autrefois le métier de passeur, Christophe est assurément le plus célèbre. Ses confrères en firent leur saint protecteur et la légende un ermite. Ce que représentent les gravures populaires éditées en son honneur… Une mythologie qui s’enracine dans la réalité la plus quotidienne et fait du lieu où vit le passeur un « ermitage ». Les toponymes l’Ermitage à proximité d’anciens gués ou amarrages de bacs sont innombrables (ainsi à Fiac, sur l’Agoût. Sur la Garonne, l’Hermitage à Dieupentale et l’Ermitage à Agen. Sur la Dordogne, l’Hermitage en aval de Tauriac et l’Ermite à Carsac-Aillac où un labyrinthe de maïs permet aux enfants de se perdre sans l’aide d’un guide : ça ne s’invente pas…).

Souvenir d’un « passeur »

Il me souvient ainsi d’une « halte » du train reliant Castres à Murat et Brassac (« le petit train de Lacaune », cher à Jean Nohain) : ce n’était pas une « station » mais seulement un arrêt permettant aux voyageurs qui en avaient fait la demande à leur montée dans le train d’être déposés à cet endroit. Les pêcheurs en profitaient qui y seraient semblablement récupérés en fin de journée par le convoi de retour. C’était au niveau du Payssel, en amont de Roquecourbe. Sauf que cette halte de la micheline pouvait durer plus que prévu car il fallait que son chauffeur attende sur la rive opposée un signe du passeur qu’il avait appelé d’un coup de corne hurlante lui confirmant qu’il était bien au rendez-vous de ses voyageirs. Un passeur célibataire qui était soit dans son jardin soit dans sa sieste… et sourd de surcroît… ce qui n’empêchait pas ses oreilles de « siffler » tant il était à chaque fois l’objet des quolibets de tout le wagon impatient de repartir ! Si je rapporte ici cette anecdote vécue plusieurs fois, c’est que, en hiver, alors que le dernier train passait au Payssel à la tombée de la nuit, le chauffeur de la micheline attendait comme signal du passeur pour repartir que celui-ci allume et éteigne la lumière de sa cuisine : un signal que nous guettions tous avidement en essayant de le surprendre au travers des branchages à telle fenêtre du hameau lointain sur la rive d’en face.

La « grenouille » de Penne !

Ces quelques éléments de lecture d’un site étonnant qui « respire l’authenticité » comme l’aurait écrit notre ami René Lombard.

Une lecture que termine un clin d’œil… afin que le lecteur puisse en poursuivre l’écriture à sa guise.

La grenouille au fond du bénitier de l’église de Penne (provenant probablement de l’ancienne chapelle Ste-Marguerite du château)

À l’entrée de l’église paroissiale et dans l’axe de l’allée centrale, le visiteur bute sur un splendide bénitier de la meilleure facture gothique. Il proviendrait de l’ancienne chapelle du château. En son centre, la vasque est agrémentée d’une silhouette de grenouille, réalisée semble-t-il en une sorte de béton rougeâtre coulé dans la pierre.

Une effigie qui ne doit rien à quelque caprice facétieux : le rituel de purification à l’entrée du sanctuaire (ici appuyé par les arcades décorant l’extérieur de la vasque en guise de rappel du baptême reçu par le fidèle admis à y entrer) ne saurait autoriser quelqu’écart que ce soit dans l’interprétation qui lui est liée. Ce qui est attesté par les nombreux autres exemples que l’on en connaît et qui dénotent sa diffusion et donc l’orthodoxie de son symbolisme (encore que… les sauts que s’autorisent les plus orthodoxes dans les marges sont aussi performants parfois que ceux de la « rana » !) : Saint-Roch à Montpellier ; dans l’Aude à Pépieux, Montjoi, Fontfroide… et bien sûr à Saint-Paul de Narbonne, probablement la plus connue grâce à Mistral.

Certes, la grenouille évoque les marécages propices aux changements l’hiver silencieux passé quand revient le printemps : elle est ainsi symbole de métamorphoses et donc d’être renouvelé. Tout pour évoquer le baptême du promu à la Vie Nouvelle qui vient ici le confirmer en plongeant son doigt pour se signer et s’introduire en-deçà du narthex sans perturber la pureté insigne de la nef.

Mais encore ?! La grenouille espiègle serait bavarde… Nous ne résisterons pas au plaisir de revenir ici bientôt pour la taquiner.

O.C.


La « machine » de Camarès

Le « Rougier » est un paysage surprenant aux couleurs de western qui se niche entre le Larzac et les Monts de Lacaune. Au milieu des collines de couleur rouge brique, le Dourdou serpente après avoir traversé Camarès qui s’étire sur sa rive gauche. En face, sur la rive opposée, la « ville haute » en conserve les éléments fondateurs autant fortifiés que cultuels (les deux étant certainement concomitants) : un oppidum en forme de navire dont le cimetière scelle fièrement la proue (situation somme toute logique telle qu’on la retrouve en maints lieux par exemple à Saint-Jean de Rives).

Le Dourdou a largement contribué aux caractéristiques des deux agglomérations. Sa rive droite escarpée limite les accès, en revanche les jardins se succèdent sur la rive gauche, soigneusement délimités par des murets de chargés de contenir au mieux les crues fréquentes de la rivière. Une grande poésie se dégage de ces potagers qui allient rangées de légumes à quelques vieux rosiers tenaces persécutés par les herbes folles… Surtout, ces jardins sont agrémentés de puits, chacun original, équipé soit d’une pompe à godets soit d’un frêle balancier.

Le chemin qui longe la rivière trouve son terme contre une bâtisse de deux étages qui a les pieds dans l’eau. Un long mur élevé comme un rempart la prolonge vers l’intérieur des terres, perpendiculairement à la rivière. Son édification est particulièrement soignée : le chois des matériaux, l’agencement d’un soubassement qui supporte une rigole et, enfin, une succession d’arcades protégeant ce petit canal comme une série d’enfeus identiques ménagés dans l’épaisseur de la muraille. Un édifice certes pratique mais d’une élégance certaine, considérable par sa longueur et le soin apporté à son édification, bordé encore de quelques plans de vieille vigne grimpante qui s’y dorent au soleil : un aqueduc imposant que quelques jardinier italien nous envierait !

L’aqueduc est alimenté par une noria qu’abrite en son étage supérieur le bâtiment élevé sur le bord de la rivière. Méticuleusement restauré (comme l’ensemble de l’aqueduc), il a conservé ses pavages de galets dans les salles basses, le bâti protecteur de la chaîne aux godets (et le goulet permettant son nettoyage.

Enfin, la « machine » est intacte, son équipement superbement réaménagé : ne manquent plus que les deux mulets qui manœuvraient inlassablement le rouet supérieur. La pente pavée leur permettant d’accéder à l’étage est encore en place… Les visiteurs se font une joie de les remplacer !

En grande conversation J. Bernat, Maire de Camarès, et B. Cassagnet, délégué régional de la Fondation du patrimoine.

L’inauguration eut lieu le 22 juin sous un soleil de plomb. Nombreux étaient les élus, les représentants des structures qui avaient prêté leur concours (dont le Parc régional des Grands Causses) et surtout les acteurs de cette remarquable restauration et mise en valeur réussie à l’initiative de la Municipalité de Camarès avec le concours de la Fondation du patrimoine (diaporama).

Une œuvre aussi exemplaire par la qualité de la réhabilitation de ce patrimoine grandiose hors du commun que par la dextérité de sa réalisation ; comme se plut à le souligner Mme Marie-Thérèse Fouquier dans son propos, quinze mois suffirent entre l’acquisition du monument par la Commune et cette inauguration. Quinze mois au cours desquels les équipes de M. Michel Simonin (dont on connaît le labeur insatiable pour la révélation du château voisin de Montaigut) et l’architecte Patrick Aussibal ont su dénicher ces trésors de pierre et de savoir-faire que le lierre et les ronces masquaient aux yeux des habitants de Camarès.

O.C.


Le domaine de Pierre-Paul Riquet

A 20 Km au nord-est de Toulouse, dans une petite bourgade de 260 habitants, le château de Bonrepos-Riquet, demeure historique de Pierre-Paul Riquet, concepteur du Canal du Midi, domine la vallée du Girou.

En 1655, dans le vallon de la Garenne qui jouxte les jardins, Pierre-Paul Riquet y aménagea le Modèle Hydraulique qui allait lui permettre de démontrer la faisabilité de son projet Un réservoir fermé par une large chaussée toujours existante, accumulait les eaux issues des vallons environnants afin d’alimenter un bassin infèrieur monumental de 250 mètres de long, véritable tronçon de canal. Riquet put ainsi mettre en pratique ses observations faites dans la Montagne Noire en étudiant grandeur nature l’alimentation en eau de son futur canal. Ainsi, cet ensemble expérimental de Bonrepos lui permit d’engager avec le succès que l’on connaît, le pharaonique chantier de creusement du Canal du Midi.

A lui seul, le Modèle Hydraulique incarne l’esprit d’entreprise et de génie de Pierre-Paul Riquet où se concrétise la genèse du Canal du Midi. Aujourd’hui, le Modèle Hydraulique de Riquet constitue un des principaux enjeux du projet de restauration et de valorisation du Domaine de Bonrepos. Pièce maîtresse du patrimoine du site, c’est autour de lui que s’articulent les principaux axes de développement du projet, qu’ils soient scientifique, culturel, touristique ou écologique.

Fondation du patrimoine (diaporama) 

S’il est une période de l’Histoire de France qui porte notre pays comme modèle de culture aboutie dans la civilisation occidentale, c’est bien le Siècle de Louis XIV. Bien sûr, l’ensemble prestigieux de Versailles figure comme le fleuron de ce faisceau d’art, de littérature et de modèle de stature d’un Etat. Mais le Roi Soleil lui-même engagea un autre programme qui devait placer son royaume au rang des grandes nations : le Canal des Deux Mers devait sceller le succès du génie des hommes au regard de la géographie.

Or, non seulement cet ouvrage demeure une des grandes prouesses des siècles passés, mais il reste en pleine activité de nos jours et, classé au rang du Patrimoine Mondial par l’Unesco, cette voie d’eau est la fierté des deux régions qu’elle traverse, Occitanie et Nouvelle Aquitaine.

Le domaine de Pierre-Paul Riquet à Bonrepos : le château et son jardin « à la française » et le vallon de la Garenne aménagé pour servir le système hydraulique conçu pour présenter les principes retenus pour la réalisation du Canal du Midi.

Cependant, ce patrimoine eût été presque ordinaire parmi les canaux prestigieux d’Europe s’il n’en avait été conservé un élément fondateur : le domaine de son créateur, l’ingénieur Pierre-Paul Riquet dans lequel non seulement subsiste la demeure qu’il y fit édifier mais aussi l’exceptionnelle « maquette » du système d’alimentation du Canal qu’il imagina, creusé dans son parc et qui fait encore l’admiration des visiteurs.

Acquis récemment par les collectivités, le domaine de Bonrepos comprend un château du XVIIe – remanié au XVIIIe mais qui conserve l’allure et le prestige de la construction initiale – ; un magnifique jardin à la française dont les terrasses s’étagent au Sud ; enfin, au Nord, l’ample vallon où bassins d’essai et système hydraulique du canal attendent leur restauration.

Ainsi, à deux encablures de la Ville Rose qui s’honore de la jonction du Canal du Midi et du Canal latéral à la Garonne, le domaine de Bonrepos ramène cet ouvrage immense à la dimension du visiteur avec simplicité ce qui fit la grandeur d’un royaume et aujourd’hui l’attrait du Midi de la France : une visite telle que l’ingénieux Riquet la programma afin que les émissaires de Colbert et représentants des Etats du Languedoc puissent juger sur une « maquette » grandeur nature de la fiabilité de son projet.

O.C.


Au château de Ferrières, l’eau premier rempart du château

Il y a peu de différence entre la synthèse du château fort médiéval idéal présentée par Viollet-le-Duc au XIXe siècle et celle qui apparaît dans les fiches pédagogiques actuelles : un édifice fortifié entouré de douves sur lesquelles est lancé un pont-levis qui en contrôle le franchissement avec efficacité. Une présentation bien sûr arbitraire qui ne saurait être prise au premier degré mais qui offre surtout l’avantage de souligner l’ingéniosité de l’architecture militaire d’alors.

Ferrières étant assis sur un col, la défense de ses murailles avait été recherchée dans les caractéristiques les plus favorables du relief. Toutefois, la situation élevée du château profitait aussi des cours d’eau qu’il domine : de part et d’autre du col, les ennemis étaient attendus alors qu’ils devaient franchir ces obstacles, premières véritables défenses du site fortifié. Essentiellement la rivière Agoût puisque l’adversaire au Moyen Âge ne pouvait venir que de sa rive gauche, la montagne en arrière-pays étant sous contrôle.

L’Agoût et le pont de Ferrières dominés par le château.

Une disposition que repéra, dans son dernier dessin, Samuel de son regard aiguisé.

O.C.

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