Revues


Cahiers d’Études Cathares

Revue créée par Déodat Roché en 1949, devenue l’organe de la Société du Souvenir et des Études Cathares, paraissant quatre fois par an jusqu’en 1996, date à laquelle la publication en fut interrompue dans un contexte où la recherche sur le Catharisme en France (ce qui n’est pas le cas dans les pays voisins) était soumise à des projets de tourisme culturel et des campagnes de communication ne facilitant pas une expression libre et éloignée de thèses académiques.

Dans le cadre de la reprise de leur parution, les Cahiers d’Études Cathares sont à nouveau le foyer de réflexion, de partage et de diffusion de travaux émanant de chercheurs du monde entier.

Montségur 1244, l’empreinte d’un bûcher dans la mémoire d’un peuple – Printemps 1994

cahier d'études cathares.O.Cébe.1994Un courant de pensée ne disparaît pas. La pensée s’exprime par la voix des êtres ; la pensée s’inscrit dans le temps et façonne le patrimoine. Le courant de pensée sème ainsi son message et poursuit sa route, au fil des siècles qui passent ; il ressurgit de place en place, identique quant à son essence, nouveau cependant en apparence, différent suivant l’époque.

Car la pensée s’immisce dans l’histoire et s’habille des manières du présent. Elle circule derrière les mots, bien souvent à l’insu de celui qui les prononce ou les écoute, comme si la partie perceptible des sens qu’elle éveille n’était que propositions renouvelées d’aller en quête de ce qui les soutend.

Or, ce courant de la pensée qui les soutend ne cesse d’irriguer l’âme humaine, éveille sa sympathie et revient progressivement à la surface des sens.

Appeler le souvenir, c’est donc renforcer nos liens avec ce courant qui peut apporter au temps présent que nous vivons, une force insoupçonnée – la force de cette pensée -, un regard éclairé – par les expériences anciennes, dénuées des sophistications du quotidien -, une approche vivifiante parce qu’étrangère aux habitudes du moment ou à l’éducation ambiante.

Renouer nos liens avec ce courant de la pensée, c’est raviver son expérience en soi, ramener dans notre temps la participation active des forces qui l’ont conçu et celles des êtres qui en furent les acteurs émérites. En ce sens, l’hommage rendu prend toute sa puissance, sa résonance, et se fait, ainsi, par là-même, notre “culture” vivante.

Celle du “laboureur”.

O.C.

La stèle de Montségur – Printemps-été 1995

cahier d'études cathares.O.Cébe.1995Les Cahiers d’Études Cathares paraissent dès 1949. Après une année de sensibilisation au travers des quatre premiers numéros, Déodat Roché crée la Société du Souvenir et des Études Cathares, le 10 mai 1950 : alors, le souvenir s’ajouta-t-il aux études. Cependant, c’est seulement neuf années plus tard que les Cahiers d’Études Cathares devinrent l’organe de la Société, années durant lesquelles la revue poursuivit sa publication jusqu’au numéro 36 de la première Série, indépendamment, pour préparer l’assise du mouvement de recherches et de rassemblement dont la Société est l’expression.

Déodat Roché expose son projet dans un texte concis : c’est l’annonce formelle de la création de la Société venue prolonger l’existence de la revue ; il conclut alors cette proclamation en invitant à compléter l’instauration du mouvement renaissant auquel il donne corps, par un acte issu de cette conjugaison du souvenir et des études : le “placement” d’une stèle à Montségur.

Ce sera la première expression de la Société.

O.C.


Chemins d’étoiles

Voyages au patrimoine de l’âme – n°6 – 1999

chemins d'étoiles n°6L’évasion des congés d’été est indispensable à la maîtrise de notre quotidien. Du moins le rythme associé depuis presque un siècle à l’acquisition de la liberté individuelle nous a-t-il habitués à considérer ce répit annuel comme inhérent au progrès social.

Le voyage oblige en effet à l’étonnement, à la curiosité, à la découverte d’autres environnements et donc d’autres façons de vivre. Il autorise aussi – et ce n’est pas le moins important – le recul suffisant pour reconsidérer notre propre situation dans le “théâtre de la vie”.

Voyage plus intime celui-là, dont l’amateur prolonge à loisir les révélations et enseignements.

Il tente ainsi d’atteindre son espace intérieur : blotti comme dans une pénombre, il peut se complaire dans un premier temps au “regard de soi-même”. Tel le philosophe de Rembrandt, esquissé sur son fauteuil devant la grande baie entrouverte.

C’est alors que son âme pourra s’évader, attirée malgré elle – mais avec quelle douceur – vers des espérances cachées : jusqu’à se laisser séduire par l’escalier hélicoïdal que le grand maître d’Amsterdam figura dans l’angle de la chambre haute de son vieux penseur.

Ce petit escalier, passerelle jetée entre vie familiale et évasion attendue, conduisait déjà le jeune Thomas Dobrée vers le périple tournoyant de l’Histoire au plaisir du bel objet d’art. Dans le grenier de la maison paternelle, sous la charpente, parmi les toiles d’araignées, enivré par la poussière, l’adolescent dérangeait fébrilement les souvenirs mystérieux d’autres temps plus anciens, les tentatives abandonnées d’artistes récents et toute la joie insouciante d’existences accomplies.
Pour y ménager la sienne.

Ce même escalier hélicoïdal, et les gardiens de phares l’empruntent inlassablement, relève après relève, pour que clignote – mesure abstraite du temps – la lanterne aveugle à l’aspiration immense et complice de la “Grande Bleue”… devenue chaque soir si noire.

Semblable à la minuscule échelle d’or que notre âme tente de gravir jour après jour suivant les propos de Dame Philosophie à Boèce, prisonnier dans sa cellule : des oisillons parcourent la “Scala d’Oro” dans les deux sens, probablement relayés par des nuées d’anges venus leur prêter main forte depuis le Songe de Jacob à Béthel… Car long et mystérieux est le voyage intérieur, et “ma barque est si petite et l’Océan si grand”.

Petit escalier hélicoïdal qui, depuis notre conscience des choses, rejoint les cieux que nous n’osons plus évoquer aujourd’hui tant ils paraissent éloignés du monde contemporain. Alors qu’ils lui sont – rien n’est plus certains – toujours sous-jacent.

O.C.

Les carnets de saint Michel – n°8 – 2000

chemins d'étoiles.8.aElle est devenue un mythe : à sa seule vue défilent des pensées comme autant d’images ; confuses, embrumées, heurtées et dissoutes aussitôt dans le vécu intime, propres à soi, impossibles à décrire et à interpréter. Nos voyages s’y engouffrent dont ceux qui n’ont jamais eu lieu, les évasions projetées, le prolongement des lectures, nos rêves et espoirs gratuits. Une jeunesse libre, folle, insatiable. Des hivers qui chantent les nostalgies inatteignables… Dans une langue qui appartient plus au chant des voyages qu’à la transmission raisonnée.

Un poète ne meurt que jeune lorsque la poésie l’emporte.
Reste sa valise, trop lourde pour le suivre, matérielle.
Mais cet objet désormais inutile porte l’éternité du compagnon silencieux. Sa seule existence suffit à réveiller l’œuvre immense et la fragilité de l’âme échappée. Il n’est même plus besoin de l’ouvrir, ni de la fermer, ni d’en avoir su le contenu.

La valise de Rimbault s’impose tel un post’it dans notre subconscient.
Et, au surplus, elle est belle. Comme une chanteuse de rue qui aurait un charme fou mais fredonnerait des mélodies désuètes. Une dignité forgée au volontaire.

L’itinérance ne le concède pas au programmé. Quel en est le meilleur témoin sinon le bagage ? Quel romancier n’a-t-il eu envie de se glisser dans une malle pour raconter le monde ? Et de se camoufler bien sûr parmi les feuillets épars qu’il y entassera au fur et à mesure de ses haltes lointaines ! La malle est notre plus proche maison, et elle sera la dernière. Voyager la vie, c’est notre destinée. Certains s’y engagent délibérément et en décident au moins du rythme, d’autres s’asseyent au bord de leur naissance et attendent que vie se passe. Mais chacun emplit son baluchon au fil des jours et des rencontres.

Le bagage dit le quidam en route mieux que son passeport.

Il n’est pas indifférent, cet objet qui sommeille : c’est un peu notre roulotte de nomade sédentaire. Le premier que s’est confectionné l’homme, le plus ancien et toujours présent. “Class”, même ! Il le vaut bien.

O.C.